• ● 1 point pour l'Entité, 0 pour nous

    Youpi, le ciel est bleu, les monstropiafs chantent et notre maison a été détruite. Allez, je ne vais pas être trop pessimiste : j’ai encore le carnet. Moi qui ne l’emporte jamais avec moi d’habitude, j’ai bien fait de le faire ce jour-là... Comme si je m’attendais à ce qu’il se passe quelque chose. Il fallait s’en douter de toute manière : même si l’Entité a du pain sur la planche, l’Autre fait désormais bel et bien partie des menaces qu’elle doit éliminer et l’attaque mentale qu’elle nous a livrée quelques jours auparavant n’était qu’un avertissement – même si elle a failli me rendre borgne.

    Ok, faisons le point. J’étais en mission avec l’Autre lorsque tout ça est arrivé. Je venais tout juste d’apprendre qu’il y avait la possibilité de séparer les consciences de Druséra et de l’Entité et je m’apprêtais à rentrer annoncer la bonne nouvelle : si c’est possible de faire ça pour le Primo Genesis, alors c’est aussi possible de me séparer de l’Autre. Sauf que j’ai reçu un signal de la sonde corrompue, cette même sonde qui ne s’active que lorsqu’il y a une forte concentration d’énergie primaire ou de souillure à l’endroit où elle se trouve... Et elle était justement à la maison ! Ni une ni deux, j’ai enfourché mon unilame et j’ai appelé Elvawen, restée elle aussi chez nous. Lorsqu’elle a décroché, j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas : effectivement, elle était attaquée. Elle avait eu le temps de verrouiller la porte mais elle ignorait encore ce qui se présentait à elle. Ca rôdait autour de la maison.

    Je crois que je n’ai jamais fait autant d’excès de vitesse que ce jour-là. J’ai fait hurler le moteur de mon unilame pour arriver en un temps record à la maison et ce que j’ai vu m’a glacé le sang : des Skurges. Il y avait des Skurges partout autour de la maison, au moins une dizaine. Quand j’en ai vu un disparaître au dessous de la maison – nous l’avons construite en hauteur –, j’ai immédiatement compris qu’ils avaient localisé la trappe que j’utilisais parfois pour descendre de lourdes charges. Eux aussi m’ont repérée et deux groupes se sont alors formés : l’un se dirigeait vers moi tandis que l’autre continuait de se faufiler par la trappe.

    Je ne sais pas pourquoi mais à ce moment précis, mes mains se sont refermées avec force sur les poignées de direction de mon unilame. J’ai eu à peine le temps de comprendre que c’était l’Autre qui me contrôlait lorsqu’elle a hurlé quelque chose comme « JE PREFERE GRENOUILLE ! »... Illogique, complètement illogique. Ils nous avaient déjà vues alors, pourquoi attirer davantage l’attention ? Je ne l’ai compris qu’après, avec les explications d’Elvawen, mais l’Autre prévenait ma petite cassienne qu’il allait y avoir du dégât. Sans pouvoir y faire quoi que ce soit, elle a tourné la poignée, a pris de la vitesse en un rien de temps et a foncé tout droit sur les fondations de notre maison. Un vacarme sans nom a accompagné la destruction de l’œuvre dans laquelle j’avais mis tant d’énergie mais sur le moment, je n’ai pensé qu’à une chose : Elvawen.

    Heureusement, elle a compris le message. Je l’ai vue atterrir souplement et éviter les débris qui tombaient mais autre chose m’a alertée : il y avait près d’elle une copie conforme de l’Autre, telle que je la vois à travers mon esprit. En un peu plus immonde, peut-être. Elle ne cherchait pas tant à faire du mal à Elva’ mais je crois au contraire qu’elle cherchait quelque chose... Immunisée contre la corruption, ma petite cassienne a réussi à frapper au moment où la copie de l’Autre s’y attendait le moins, ses défenses fragilisées par la surprise de ne pas réussir à prendre son contrôle.

    Nous avons été forcées de déclencher un incendie tandis que l’Autre, la vraie, repoussait une attaque mentale. Les flammes ont très vite pris de l’ampleur et ont englouti notre maison ainsi que quelques Skurges, aveuglés par la fumée. C’était évident que si on restait ici, on allait y passer : on a profité de ce moment de déroute pour prendre la fuite.

    Dans l’histoire, l’Entité a été plus gagnante que nous. Contre le sacrifice de quelques Skurges, elle a réussi à nous déloger, à nous blesser, à affaiblir l’Autre et à corrompre mon fidèle trask de jungle, parti de leur côté. Toutefois, elle n’a pas obtenu ce qu’elle voulait à l’origine : la sonde. Encore une fois, cela prouve qu’elle est plus précieuse qu’elle en a l’air et qu’il est impératif de la protéger.

    Pour l’heure, nous voici cachées à l’abri de la pluie dans une grotte. Je n’ai même pas pris la peine de savoir où nous nous sommes dirigées. Tout ce qui comptait, c’était s’éloigner des Skurges. Nous n’avons plus rien à perdre maintenant, hormis notre temps : nous nous mettrons donc en route vers la première structure primaire dès demain matin.

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